Et les poissons partirent combattre les hommes (2016)

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Crédits

Un spectacle de Julien Barbazin
Auteure Anjelica Liddell

Traduction Christilla Vasserot

Avec Benjamin Mba

Photographie Patrice Forsans & Julie Bretenet
Collaboration Jean Marie Carrel

Durée 50 minutes

Dates

  • 2016 Dans le cadre du « Festival des caves » ( Dijon, Crépand & Besançon).
  • 2017 Dijon « Hôtel de Vogue – « La guillotine » (Montreuil) – Festival « Itinéraires singuliers » - Festival de caves (Lons le saunier, Auxerre, saint Claude, Dole, Mouthier-Haute-Pierre, Beurrière, Besançon, Lux, Chablis, Château Chinon, Sainte Colombe-en-Auxois, Nettancourt, Amiens ) –Hors tout Hors clous (Besançon)
  • 2018 Lycée de Semur en Auxois – Fontaine les Dijon - festival de la  Cabrerisse(Saint Laurent de la Cabrerisse) - festival Les Floréales (Dijon) - Festival « Nuits d'Orients » (Dijon).

Sur les plages d’Espagne, les touristes se dorent au soleil. Et sur les plages d’Espagne, les immigrés clandestins viennent s’échouer, morts ou vifs. La confrontation des deux mondes est un révélateur des bassesses d’une société où  chacun se cramponne à son bout de pouvoir, niant sa complicité dans le drame qui est en train de se jouer. Les listes des morts et des disparus s’enchaînent, lancinantes.

« Et si un jour ils réapparaissaient ? Et si un jour ils réapparaissaient transformé en poissons pour aller combattre les hommes ? »
Le cri de rage, alors, devient allégorie d’une société confrontée à ses peurs, à ses contradictions, et qui semble avoir perdu le sens du mot « humanité ».

 

Il y a des textes qui vous laissent sans voix.
Vous les prenez sur la tête comme un coup de massue.
Celui d’Angélica Liddell « Et les poissons partirent combattre les hommes » en est un.
Ici, pas de sentimentalisme, pas d’apitoiements douteux, pas de bienséance d’usage.
Le théâtre d’Angélica Liddell s’appuierait plutôt sur un mode de radicalité, de frontalité immédiate.
L’auteur s’adresse directement à l’ homme politique.
Disons qu’une femme qui possède et utilise le langage s’adresse à un homme qui possède et manie le même langage.
D’égale à égal.
De femme civilisée à homme civilisé, et puisque la civilisation impose le masque, d’individu masqué à individu masqué.
Jeu de travestissement autorisant l’auteur à la transgression, au cri, à la colère, à l’indignation.
Pour dire quoi ? Pour évoquer quoi ?
L’indicible. L’inénarrable.
Raccourci stupéfiant d’un fait divers.
Quelques naufragés clandestins tombés d’une barque, quelque part entre le Maroc et l’Espagne.
Rien du tout.
Fait divers maintes fois répété , ce n’est déjà plus une tragédie.
Une réalité qui finit par devenir banale.
Imaginer un miracle pour la transcender.
Un miracle digne de la multiplication des pains et des poissons.
Un miracle qui remettrait tout en question.
Qui ferait tomber les masques.
Qui emporterait tout sur son passage.
Le paternalisme douteux du discours de Dakar .
Les perspectives enjouées du projet d’Union pour la Méditerranée.
L’impressionnant barrage de lois, de directives et de moyens technologiques que l’Europe déploie contre les flux migratoires.
Un miracle qui ratisserait tout, tel un cyclone.
Qui nous ramènerait au désert.
Au commencement.
A l’origine.
A l’homme–poisson.

Bien avant Lampedusa, avant les caméras et les discours officiels, Angélica Liddell écrit pour les corps noirs qui viennent pourrir sur les plages espagnoles. Ceux qui espéraient franchir le détroit de Gibraltar pour une vie meilleure s'échouent sur le sable où viennent bronzer les touristes européens. Contraste entre les corps noirs noyés et les corps blancs grillés.
Quelle stratégie d'aveuglement mettons-nous en place pour travestir cette réalité ?

Que nous racontons- nous pour éviter de voir que d'autres nous-mêmes agonisent sous le soleil ?

Comment la civilisation apeurée tente-t-elle d'exclure l'autre pour qu'il ne vomisse pas sa pauvreté ?
Rencontre avec ceux qui voient s’échouer les cadavres sur les plages du Sud de l’Espagne.
Ce soir, un homme s’empare du texte d’une femme.

Ce soir, un homme revêt les douleurs d’une femme.

Cette femme crie pour les corps échoués sur les plages espagnoles. Cette femme décrit l’insupportable de ces corps noirs, morts, qui côtoient sur le sable nos corps bronzés, vivants.

Cette femme écrit et crie.
Désemparée.
S’emparer des mots, frémir des histoires, rendre beaux les absents. Humains, juste humains.

Ce soir, le théâtre se mêle d’humanité, le plateau s’emmêle d’indignité et de beauté, de grandeur et d’impuissance.
Merci de vous emparer avec nous de ces corps vidés de leurs êtres. Les étreindre comme un hommage, les embrasser par dignité.

C’est peut-être inutile, cela devient nécessaire.