Je me mets à rêver (2019)

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Crédits

Un spectacle de Julien Barbazin

Musique et son Antoine Lenoble
Vidéo et visuel Jean Marie Carrel

Scénographie et lumière Douzenel

Photographe: July Bretenet

Avec
Caroline Figuiera
Delphine Horviller
Benjamin Mba
Léa Hübner
Julien Jobert
Jean-Marie Carrel
Antoine Lenoble
Julien Barbazin

Montage de textes de Jean Claude Guillebaud, communiqué de presse « Black Block » février 2013, Céline Morvan, François Chatelet, Mohamed Rouabhi, D' de Kabal, Pier Pablo Pasolini, Guy Debord et Jean-Luc Godard...

Durée envisagée 60 minutes

Dates

Du 18 au 24 février 2019 / Résidence au Théâtre Mansart
Le 22 février 2019  / Présentation au Théâtre Mansart / 18H
Du 4 au 7 novembre 2019 / Résidence de création au Théâtre Mansart
Le 7 novembre : Représentation au Théâtre Mansart

Résumé

Avant toute chose, c’est la volonté de mettre en scène la parole insurgée et dérangeante du fondateur de l’Internationale situationniste et auteur de la Société du spectacle, parole en tout point pertinente aujourd’hui. Il y a urgence à connaître ou a ré-entendre, la virulence et le radicalisme de la pensée de Guy Debord qui résonne incroyablement avec notre contexte économique, social et politique actuel.

Ce choix nous ramène aussi, évidemment, à l’utilité du théâtre dans notre société. Comment ne pas penser aux interrogations de Peter Brook dans l’Espace vide : « Pourquoi le théâtre ? Dans quel but ? Le théâtre est-il un anachronisme, une survivance bizarre qui reste debout comme un vieux monument, une habitude surannée ? […] Le théâtre occupe-t-il une place réelle dans nos vies ? ». Eh bien à toutes ces questions, Je me mets à rêver veut être aussi une proposition de réponse.

 

Avec Debord, nous comprenons que ce n’est absolument pas un hasard si le régime nazi fut le premier à diffuser à longueur de journées de la musique gratuitement dans les rues des grandes villes allemandes : il fallait que le bruit de la radio d’Etat sépare les individus entre eux, et les condamne à une solitude silencieuse.

Pierre Ulysse Baranque explique comment la société marchande a confisqué le dialogue direct par le biais du spectacle.

A propos de LA FORME…

« Tu m’obliges à regarder l’insupportable, tu me punis, tu me culpabilises et je ne penses plus » : cette réflexion sincère et amicale d’une spectatrice avertie après une représentation de Zone de combat a interrogé  la forme de mon théâtre et le souci de faire entendre ce discours si singulier.

Un rythme varié, les projections d’images et la multiplication des points de vues passent d’un climat intimiste de définitions en solo à une euphorie collective, ou bien encore d’une interactivité avec le public à d’angoissantes présences chuchotantes.

C'est un spectacle engagé, s’affranchissant de tout militantisme indélicat.

 

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation.

Guy Debord

Je me mets à rêver, c’est une volonté de radiographier scéniquement notre société à la lumière des mots de Guy Debord. Je me mets à rêver, c’est enfin et surtout une proposition de réflexion sur notre pouvoir d’action et d’expression dans la société. Et, comme toute radiographie, cela commence par une définition, un réglage, une mise au diapason du sens de « société spectaculaire ».

Extraits du montage de textes

Texte anonyme Internet « Insurrection »

« Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus. À ceux qui voudraient absolument espérer, il dérobe tout appui. Ceux qui prétendent détenir des solutions sont démentis dans l’heure. C’est une chose entendue que tout ne peut aller que de mal en pis. « Le futur n’a plus d’avenir » est la sagesse d’une époque qui en est arrivée, sous ses airs d’extrême normalité, au niveau de conscience des premiers punks. »

Communiqué de presse du du 14 avril 2014 par les Black Bloc

(…) Quand on l’envisage dans son entier, la destruction est toujours double : écarter un obstacle et faire de la place. Dans la destruction, celle qui nous intéresse, il y a toujours quelque chose en train de naître. Ce qui naît là n’a pas de place dans le monde, se fait de la place, mais n’en cherche aucune. Un élan vital, irréductible, irrécupérable, n’attend qu’à faire irruption. Le 22 février à Nantes , c’est une telle poussée que nous avons ressentie. Nous avons des frères que nous ne connaissons pas. Nous avons des frères que nous n’avons jamais vus que masqués. C’est la chance et la grandeur de la ZAD (1) que, dans toutes les composantes du mouvement, on y partage une même détermination : pas question de lâcher, pas de négociation possible, on ira jusqu’au bout. Ensuite, il faut l’avouer, ça se complique un peu. (…)

JACQUES BREL

Quand on a que l'amour
A s'offrir en partage
Autour du grand voyage
Qu'est notre grand amour

Quand on a que l'amour
Pour vivre nos promesses
Sans nulle autre richesse
Que d'y croire toujours

Quand on a que l'amour
Pour unique raison
Pour unique chanson
Et unique secours

Quand on a que l'amour
A s'offrir en prière
Pour les maux de la terre
En simple troubadour

Quand on a que l'amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
A chaque carrefour

Alors sans avoir rien
Que la force d'aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis le monde entier

Quand on a que l'amour
Mon amour toi et moi
Pour qu'éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour

Quand on a que l'amour
Pour meubler de merveilles
Et couvrir de soleil
La laideur des faubourgs

Quand on a que l'amour
Pour habiller matin
Pauvres et malandrins
De manteaux de velours

Quand on a que l'amour
A offrir à ceux là
Dont l'unique combat
Est de chercher le jour

Quand on a que l'amour
Pour parler aux canons
Et rien qu'une chanson
Pour convaincre un tambour

Guy Debord, l'irrécupérable / Guy Scarpetta dans Le Monde diplomatique 2006/8 (n°629), page 23

« Situation paradoxale que celle de Guy Debord, dans le panorama intellectuel français ; d’un côté, tout le monde le cite, fait référence à lui, jusqu’aux agents même du spectacle dont il aura été toute sa vie l’adversaire ; d’un autre côté, on ne peut qu’être frappé de l’étrange discrétion de la presse devant la parution en volume de l’ensemble de ses œuvres. »

Mohamed Rouabhi « Vive le France »

RACAILLE1     « La haine »

RACAILLE 2    « La haine »

R1                       « La haine c’est quoi »

R2                       « La haine c’est de l’amour qui a tourné »

R1                       « L’amour c’est de la haine qui a caillé »

R2                       « C’est de l’amour fermenté »

R1                       « C’est de l’amour qui est reste trop longtemps sans sortir »

R2                       « Trop longtemps «

R1                       « sans voir le jour »

R2                      « Trop longtemps «

R1                       « Sans respirer »

R2                       « Trop longtemps «

R1                       « Un trop long temps »

R2                       « Hé ouais Tu crois quoi tu crois que c’est quoi »

R1                       « Tu crois qu’un petit, un petit comme moi il a assez vécu pour fabriquer assez de poison pour tuer toute une nation ? »

R2                       « Tu crois quoi »

R1                       « Tu crois qu’un petit, un petit comme moi il a assez de culture pour apprendre a détester le pays dans lequel il est né ? »

Jean-Claude Guillebaud - Une autre vie possible / Ed. L'Iconoclaste

(... )  On ironise donc à qui mieux mieux sur ces fameux Bisounours pour bien montrer qu'on est, soi-même, soucieux de sérieux et de réalisme. On est quelqu'un à qui on ne la fait pas. Ah, mais ! Je ne crois plus au Père Noël, moi, Môssieur ! Le monde véritable, ajoute-t-on, n'a rien de la douceur des peluches. Il est cruel et sans merci. Il faut s'y avancer les poings en avant.  (...)

ANNEXE sur L'Internationale situationniste

Si vous ne trouvez plus rien

cherchez autre chose.

La société du spectacle / Guy DEBORD

«  L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »


Montage situationniste de L3B015 dans la boîte à images sur une narration de Guy Debord et une musique de Frank Petitpas.