La nuit juste avant les forêts (2019)

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Crédits

De Bernard-Marie Koltes
Mise en scène : Julien Barbazin

Son : Antoine Lenoble
Collaboration : Jean Marie Carrel
Scénographie et lumière : Douzenel
Avec Julien Jobert

Dates

Juin 2019 Pour le festival de caves; À Besançon les 3, 5, 6 et 24 Juin / Marnay : 4 juin / Amiens : 7 juin / Auxerre : 9 juin / Dole : 11 juin / Fontain : 12 juin / Poligny : 13 juin / Mouthier-Haute-Pierre :14 juin / Lux : 15 juin / Villy en Auxois : 16 juin / Dijon : 18,19,20 juin / Sainte Colombe : 22 juin / Malbuisson : 25 juin.

Juillet 2019 Pour le festival de la Cabrerisse; À Saint laurent de la Cabrerisse (11) le 28 Juillet (15h)

Presse

« La Nuit juste avant les forêts » de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Julien Barbazin (2019)

&

FACEBOOK (Gabrielle Sanchez)

Un peu en retard sur ce ressenti de spectacle, mais depuis que je l'ai vu, j'y pense quotidiennement, et j'espère vraiment qu'il se jouera à nouveau très prochainement...

La Nuit juste avant...les forêts...

Tous ces Êtres sur lesquels nos regards glissent, fuyant comme un peu honteux, alors que jour après jour, nuit après nuit, leurs errances croisent nos pas...
Tous ces Êtres que l'on refuse de voir...deviennent-ils, à la longue, invisibles...?
Leurs existences, simplement niées, tissées en une multitude de solitudes, dérivent de rive en rive, transforment celui qui, un jour pourtant, fut enfant dans les bras d'une mère, en mec errant...en mécréant des temps modernes...
Une fois de plus, la Compagnie des Écorchés, bouscule, bouleverse, balance, des vérités crues, dérangeantes et...évidentes !
Julien Jobert, comédien au visage d'être ange, en tenue caméléon d'étranger, et ce pourrait être n'importe qui, n'importe quand, n'importe où...se transforme en porteur lumineux d'un texte fleuve, rapide tel un torrent dévastateur...la pluie, incessante, les mots, sans relâche, glacent nos cœurs et réveillent notre capacité à observer...
Malgré ce froid qui nous pénètre, malgré la respiration ralentie, l'on est happé, captivé, par la course éperdue de cet inconnu, mais l'est-il vraiment, à la recherche, vitale, de quelques heures d'abri loin de la fureur du monde...loin du mépris...loin des faux-semblants...
Course peut-être sans issue...à peine le temps d'une très fragile pause sur un pont suspendu...
Et je pense à l'amok, ce brusque accès de folie sanguinaire, cette sorte d'envoûtement, qui se déclenche souvent à la suite de frustrations, ou d'humiliations, importantes...
Julien Barbazin possède le don, rare, précieux, de rendre les Hommes visibles...et de nous rendre, peut-être, plus humains...
Merci...

Le jeune homme que fait parler Koltès, jeune frère de Rimbaud et de Genet, tente de retenir, en usant de tous les mots dont il dispose, un inconnu qu’il a abordé dans la rue un soir où il était seul, seul à en mourir. Il parle, il parle aussi frénétiquement qu’il ferait l’amour, il crie son univers : ces banlieues où l’on traîne sans travailler et où pourtant l’usine guette, ces rues où l’on cherche un être ou une chambre pour une nuit, ou un fragment de nuit, où l’on se cogne à des loubards partant à la chasse aux ratons, aux pédés, un univers nocturne où il est l’étranger, l’orphelin, et qu’il fuit en se cognant partout dans sa difficulté d’être et sa fureur de vivre.

La nuit juste avant les forêts est cette dernière parole juste avant la solitude et la mort.

La Nuit, c’est comme un solo de Charlie Parker : à la fois très construit, très savant, et tenant de l’oiseau, du mystère de chanter dans la nuit. Un blues qui ouvre tout et qui garde ses secrets.

 

Correspondances…

 

Il est intéressant de lire ce que répond Koltès dans deux lettres à sa mère qui lui avait avoué ne pas avoir tout compris de la pièce La Nuit...:

 

Ma petite maman chérie,

Je suis content, par-dessus tout, de ta réaction, du fait que tu ne juges pas de manière catégorique ― comme ne manqueront pas de le faire tous ceux qui ne comprendront pas―, et que simplement, tu constates qu'il s'agit de quelque chose qui t'échappe;

Il ne faut pas s'attarder ni regretter le fait que je vis, que je connais et m'intéresse à un monde qui t'est étranger : l'important, c'est que je sente que tu es la personne la plus proche de moi, au-delà de ça. Il y a des gens qui connaissent ce dont je parle, et avec lesquels, pourtant, je ne peux parler de rien[...]. Pour ma part, je suis sûr qu'il s'agit là, précisément, du sujet le plus élevé dont on puisse parler : la solitude affective, la difficulté de parler, toutes les oppressions enfin qui ferment la bouche

(...)

Pour en revenir à mon personnage, la question est de savoir s'il a d'autres moyens que celui-là d'avoir un rapport d'amour avec les autres; pendant toute la durée du texte précisément il explique pourquoi tous les autres moyens lui ont été ôtés; il y a un degré de misère où le langage ne sert plus à rien, où la faculté de s'expliquer par les mots n'existe plus.Or, (crois-moi sur parole!) il y a parfois un degré de connaissance, de tendresse, d'amour, de compréhension, de solidarité, etc. qui est atteint en une nuit, entre deux inconnus, supérieur à celui que parfois deux êtres en une vie ne peuvent atteindre;ce mystère-là mérite bien qu'on ne méprise aucun moyen d'expression dont on est témoin, mais que l'on passe au contraire son temps à tenter de les comprendre tous, pour ne pas risquer de à côté de choses essentielles.[...] Si tu pouvais, quand tu verras la pièce, comprendre le personnage, et le mesurer à sa vraie taille sans te laisser avoir par la "vulgarité" du propos, j'en serais tellement content! Je t'embrasse bien fort.

(Lettres, Bernard-Marie Koltès, septembre 1977)

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