La nuit juste avant les forêts

FESTIVAL DE CAVES / CREATION

La nuit juste avant les forêts

Texte de Bernard-Marie Koltes 

Mise en scène / Julien Barbazin
Scénographie & Lumière / Douzenel
Son / Antoine Lenoble
Collaboration / Jean Marie Carrel
Avec Julien Jobert

À Besançon les 3, 5, 6 et 24 Juin / Marnay : 4 juin / Amiens : 7 juin / Auxerre : 9 juin / Dole : 11 juin / Fontain : 12 juin / Poligny : 13 juin / Mouthier-Haute-Pierre :14 juin / Lux : 15 juin / Villy en Auxois : 16 juin / Dijon : 18,19,20 juin / Sainte Colombe : 22 juin / Malbuisson : 25 juin

Durée 50 minutes

Co-production Cie les Ecorches / Festival de caves
Co-réalisation « La librairie la fleur qui pousse à l’intérieur »

« La Nuit, c’est comme un solo de Charlie Parker : à la fois très construit, très savant, et tenant de l’oiseau, du mystère de chanter dans la nuit. Un blues qui ouvre tout et qui garde ses secrets. »

Yves Ferry

Le jeune homme que fait parler Koltès, jeune frère de Rimbaud et de Genet, tente de retenir, en usant de tous les mots dont il dispose, un inconnu qu’il a abordé dans la rue un soir où il était seul, seul à en mourir. Il parle, il parle aussi frénétiquement qu’il ferait l’amour, il crie son univers : ces banlieues où l’on traîne sans travailler et où pourtant l’usine guette, ces rues où l’on cherche un être ou une chambre pour une nuit, ou un fragment de nuit, où l’on se cogne à des loubards partant à la chasse aux ratons, aux pédés, un univers nocturne où il est l’étranger, l’orphelin, et qu’il fuit en se cognant partout dans sa difficulté d’être et sa fureur de vivre.

La nuit juste avant les forêts est cette dernière parole juste avant la solitude et la mort.

 

Correspondances…

 

Il est intéressant de lire ce que répond Koltès dans deux lettres à sa mère qui lui avait avoué ne pas avoir tout compris de la pièce La Nuit…:

 

Ma petite maman chérie,

Je suis content, par-dessus tout, de ta réaction, du fait que tu ne juges pas de manière catégorique ― comme ne manqueront pas de le faire tous ceux qui ne comprendront pas―, et que simplement, tu constates qu’il s’agit de quelque chose qui t’échappe;

Il ne faut pas s’attarder ni regretter le fait que je vis, que je connais et m’intéresse à un monde qui t’est étranger : l’important, c’est que je sente que tu es la personne la plus proche de moi, au-delà de ça. Il y a des gens qui connaissent ce dont je parle, et avec lesquels, pourtant, je ne peux parler de rien[…]. Pour ma part, je suis sûr qu’il s’agit là, précisément, du sujet le plus élevé dont on puisse parler : la solitude affective, la difficulté de parler, toutes les oppressions enfin qui ferment la bouche

(…)

Pour en revenir à mon personnage, la question est de savoir s’il a d’autres moyens que celui-là d’avoir un rapport d’amour avec les autres; pendant toute la durée du texte précisément il explique pourquoi tous les autres moyens lui ont été ôtés; il y a un degré de misère où le langage ne sert plus à rien, où la faculté de s’expliquer par les mots n’existe plus.Or, (crois-moi sur parole!) il y a parfois un degré de connaissance, de tendresse, d’amour, de compréhension, de solidarité, etc. qui est atteint en une nuit, entre deux inconnus, supérieur à celui que parfois deux êtres en une vie ne peuvent atteindre;ce mystère-là mérite bien qu’on ne méprise aucun moyen d’expression dont on est témoin, mais que l’on passe au contraire son temps à tenter de les comprendre tous, pour ne pas risquer de à côté de choses essentielles.[…] Si tu pouvais, quand tu verras la pièce, comprendre le personnage, et le mesurer à sa vraie taille sans te laisser avoir par la « vulgarité » du propos, j’en serais tellement content! Je t’embrasse bien fort.

(Lettres, Bernard-Marie Koltès, septembre 1977)